Maternité

Mon corps qui a tout traversé

Le mystique, l’ingrat, la douleur, la plus grande des douceur. Mon corps qui a reçu son corps, glissant et chaud. Qui a connu la vie qui s’invite, qui bouge, qui grandit. Le monde au dedans, l’infiniment petit qui porte l’infiniment grand. Ces moments que seul lui connaît, dont seul lui peut parler. Mon corps qui a touché la peau de l’autre côté, a découvert les contours. Mon corps qui a traversé les mondes pour la rencontrer. Qui traverse l’indicible chaque jour, depuis qu’elle est née. L’émerveillement, la douleur, le désespoir, l’ennui, la nostalgie, la beauté de tous ces jours passés, la monotonie, les nuits éveillée à veiller l’innocence et la fragilité.

Mon corps qui accueille sa main délicate tous les jours depuis un an sur mon sein. Mon corps qui a porté et portera encore. Qui a mal, si mal, mais dont l’amour fou donne une force insoupçonnable. Mon corps qui a été ce pont entre les mondes, ce portail par lequel passer, trouver la lumière, prendre le premier souffle. Ce corps qui ne dort pas, ne se repose pas, soulève, rattrape, berce dans ses bras. Mais ne faiblit pas.

Ce corps est un mystère. Par quel miracle se lève t’il chaque matin sans sommeil, sans répit, sans espace pour se sentir ou se retrouver. Mon corps est un trésor. Il soulève, traverse, se plie, se lève. Il fabrique, nourrit. Et depuis le 1er jour il connaît les gestes. Il sait comment faire. Mon cœur connaît les mots, l’immensité nécessaire à tout donner, à s’oublier, à donner toute entière.

La maternité nous transforme, elle nous élève, elle nous brise en deux, elle fait ressortir le plus sombre de nous-même, le plus beau et le plus grand aussi. Elle me surprend, me foudroie, me bouleverse, me pousse à bout, me fait mal parfois. Mais surtout elle m’apprend chaque jour à regarder ce corps d’une autre manière, à le voir enfin pour ce qu’il est, dans sa bonté, sa résilience, son humilité. Et aujourd’hui je veux le remercier pour le plus grand de tous les voyages.